Palmarin est la communauté rurale la plus petite du Sénégal, avec 93 km2 pour une population de 10.330 habitants. Elle est aussi un bastion de la lutte, avec 3 arènes dans chaque village.

Palmarin recèle de potentialités culturelles et cultuelles historiques pour ne pas dire extraordinaires. On ne peut parler du Sine sans y associer Palmarin. Les populations, au-delà des migrations nordiques, sont venues du Gabou. Et à partir delà, elles se sont installées d’abord à Falia. Après Falia, elles sont venues à Dionewar. De Dionewar, elles ont fait la traversée pour arriver à Niodior. De là, elles ont traversé la lagune ou le fleuve pour aller vers la pointe de Sangomar. Et elles se sont rendu compte qu’il y avait une terre ferme sans issue qui conduisait quelque part… vers le nord. C’est ainsi qu’elles ont progressé et créé le village de Diakhanor.

Diakhanor est le premier village authentique de Palmarin. Depuis sa création jusqu’à aujourd’hui, c’est la même dimension, c’est la même population. On disait même autrefois qu’un Boursine ne dépassait jamais le seuil de Diakhanor. Tous les villages créés par les Mandingues commencent par «Fa». C’est ainsi que l’on trouve Facao, Fadjal, Faoï, Fayil, ainsi de suite. Et cette migration a abouti à Diakhao, leur fief définitif. Mais avant d’arriver à Diakhao, ils ont fait Diongolor où Salamon Faye a fait son histoire.

L’origine du nom de Palmarin

Personne ne peut dire la date exacte de création de Palmarin. Mais ce qui est sûr, au temps de la colonisation, les Portugais ayant fait Dakar-Rufisque-Gorée sont passés au large de Palmarin et ils ont eu l’occasion de voir une touffe d’arbres, toute une forêt et ils ont débarqué. Palmarin était plein de palmiers. Et, les vieux s’y adonnaient, au-delà de la pêche et de l’agriculture, à la récolte du vin de palme. Quand les Portugais ont débarqué au village, ils ont demandé aux vieux comment s’appelait leur localité. Ils leur ont donné du vin de palme, très sucré et naturel. Quand ils ont bu, ils se sont dit entre eux : «Vigno palmaros», c’est-à-dire le vin de palme.

Palmarin est la communauté rurale la plus petite du Sénégal avec 93 km2 pour une population de 10.330. «Je dirais que c’est une grâce de Dieu. Nous avons eu, à l’époque, des hommes influents qui ont fait de la politique. Je veux citer, entre autres, François Ndiaye qui est le père de l’ancien Secrétaire général de la présidence de la République ; feu Philip Diogoye, un grand journaliste ; Simon Sarr, un ingénieur hydraulicien», a expliqué Gorges Faye, responsable politique à Palmarin.

«Palmarin n’a jamais été formé de quartiers. C’était un seul ensemble. Les populations habitaient tous à la plage. On avait un seul chef de village. C’était Héhane Ndour, qui convoquait tout le village. La localité s’appelait Palmarin Ngounoumane. Mais Palmarin a connu 4 raz-de-marée, dont le dernier en 1928, qui a fait éclater le village. À Ngallou, les gens habitaient juste en face de la plage, après le stade. Ils habitaient en face d’une plante qu’on appelait Ngallou en Sérère. C’est une plante qui a des fruits noirs. Avec le raz-de-marée, ils sont partis de l’autre côté pour en éviter un autre et on les a appelés Ngallou. Gueth, c’est une partie du village de Ngounoumane. C’est pour cela qu’on appelle en Sérère « assékamak, assékatek« , c’est-à-dire grande branche et petite branche. Mais c’est le même village. Ndiakhanor, comme je vous l’ai dit, est le premier amont que les migrants ont créé. Mais ça a toujours été un seul et même Palmarin », détaille Georges.

C’est après un certain modernisme ou ouverture que chaque partie a voulu être indépendante ou autonome. À la tête de tous les 5 villages, Ngounoumane est le seul reconnu administrativement. C’est pour cela qu’il est le seul chef de village qui parle quand il y a une assemblée. Il s’appelle Christophe Diouf.

L’unité dans le football

Il y a eu une seule équipe de football à Palmarin. On sélectionnait des gens à Ngallou, Gueth, etc. pour former l’équipe du village. C’est grâce à la scolarisation que Palmarin a découvert le football. On n’y connaissait que le « kick, to kick. I’m going to kick« . Cela est dû à l’influence de la Gambie. «Le sport favori, c’est la lutte. Il y a une tradition qui dit, pour les gens qui suivent la lutte : les grands lutteurs sénégalais, quand ils sont Sérères, ils sont issus de la Petite Côte ou des Iles du Saloum. C’est indéniable. Dans cette zone, on dit que le lutteur est « dinghote ». C’est-à-dire, personne ne peut le battre. Si tu fais tout Palmarin sans tomber, on dit que tu es « dinghote ». Cela veut dire que Palmarin était le lieu où il faut faire son test. C’est-à-dire que si tu traverses Palmarin et que tu ne tombes pas, tu es un grand champion. Dialy Birama Thior, Guirane Thior, Doudou Baka Sarr sont passés par Palmarin. Ils ont tous échoué. Tous les grands champions des Iles du Saloum sont allés se tester là-bas. Quand ils gagnent à Ngallou, ils tombent à Gueth. S’ils ne tombent pas à Gueth, ils mordent la poussière à Ngounoumane. Il faut traverser tous les 5 villages pour dire qu’on est un champion.

Les gens se trompent en parlant toujours de Pierre Tening comme étant le premier champion de Palmarin. C’est plutôt le petit frère du papa de Ambroise Sarr qui l s’appellait Thioule Yandé Sarr. C’est le premier lutteur de Palmarin à aller lutter en lutte avec frappe. Après lui, il y avait Guèdj Diop de Ngallou. Ensuite, c’était Pierre Téning.

Selon les sages du village, les résultats des champions qui devaient combattre étaient connus d’avance. Selon Georges Faye, les vieux disaient, quand qu’ils étaient en Gambie pendant la saison sèche : telle personne va tomber cette saison. Ils voyaient la chute de nos grands champions avant le jour-J. Pour la petite histoire, un vieux qui s’appelait Samba Ndama a lutté jusqu’à la fin de sa carrière, sans jamais tomber. La lutte est notre tradition mais il y a des secrets qu’on ne dit pas aux étrangers. Ce qu’on peut dire, note M. Faye, c’est qu’avant de quitter son quartier, le lutteur bénéficie de la préparation mystique des vieux et surtout des vieilles dames sérères. Comment ? Ce sont des secrets que les patriarches sérères ne peuvent pas révéler. Mais ils disaient au lutteur : va battre ton adversaire et reviens ; ou va chuter et reviens ; ou encore va négocier ton combat et reviens. Ils savaient à l’avance le résultat du lutteur qui allait combattre.

Lorsque Yékini préparait son combat contre Balla Gaye 2, en avril 2012, il était de passage à Palmarin, nous révèle-t-on. Les vieilles l’ont accueilli et il leur a remis 50.000 FCFA. Lorsqu’il est parti, une vieille s’est levée pour dire à ses camarades : «Il est déjà tombé».

Bassoul, Thialane et Marfafako : les 3 bastions de la lutte

À part Palmarin, il n’y a que 3 villages où on peut parler de lutte pure : Bassoul, Thialane et Marfafako. Pourquoi ? C’est parce que c’est leur tradition. Ils se sont beaucoup investis et ils maîtrisent bien la lutte. «Si tu y vas en tant que lutteur, si tu ne vas battre aucun lutteur, tu ne le réussiras pas. Je ne peux violer leur secret mais retenez ce que je vous ai dit», raconte M. Faye, un vrai historien.

Palmarin est vraiment un bastion de la lutte. Dans tous les trois villages de cette localité, il y a une arène. Le sport national, c’est la lutte qui se pratiquait dans les places traditionnelles. Avec le modernisme, on a voulu suivre en sécurisant surtout les séances de lutte. C’est ainsi qu’en accord avec les communautés rurales d’alors, tous les villages se sont organisés. C’est à travers les recettes tirées des « mbapatt » qu’ils ont construit les arènes. Il y en a à Ngallou, à Ngounoumane et Guèdj. C’est comme les stades, chaque village a son stade.

Aujourd’hui, la lutte est devenue une ressource financière exceptionnelle à Palmarin. Un calendrier est établi. Jusqu’au mois de juillet, l’on connaît le programme annuel. Le comité local s’en charge. Ils ont un compte commun à Fimela. C’est dans ce compte que les bonnes volontés versent leurs appuis financiers. C’est en fonction de ce calendrier qu’ils font la demande d’autorisation. Le chef de village vise, la mairie également ainsi que le commandant de la brigade (CB) et le sous-préfet.

Par Alioune Badara TOURÉ, à Palmarin

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