Ministre des Sports en 1991 sous le magistère de Abdou Diouf, puis de nouveau à ce poste en 2011 sous le régime de Abdoulaye Wade, Abdoulaye Makhtar Diop s’impose comme l’une des grandes figures de ce département. À ce titre, il a joué un rôle déterminant dans la structuration de plusieurs instances sportives, notamment celles de la lutte, avec la mise en place du CACLAF.
Au-delà de ses fonctions étatiques, ce fils de la communauté lébou est également Grand Serigne de Dakar. C’est dans ce cadre qu’il a reçu, lundi, Ada Fass. Une audience organisée après la victoire du lutteur face à Eumeu Sène et l’officialisation de son combat contre Sa Thiès pour un duel royal. Lors de cette rencontre, Abdoulaye Makhtar Diop est revenu sur son rôle dans le développement de la lutte, tout en évoquant l’évolution des organes qui régissent la discipline. Il a également exprimé sa volonté d’accompagner le lutteur de Fass dans sa quête de la couronne royale.
« J’ai initié les réformes de la lutte en 1991 »
« C’est Dakar qui a voulu cette rencontre avec Ada Fass. Plusieurs personnes sont venues me voir pour que je le reçoive, car il est un digne fils de Ndakarou. La lutte est arrivée à un stade de renouvellement : la jeune génération doit prendre le relais. Cela me permet de rappeler les progrès considérables réalisés par cette discipline, qui a connu une évolution remarquable. À l’époque, Armand Ndiaye était le dernier président de la fédération de lutte, succédant à Maguette Sarr. Après ma nomination au ministère des Sports, j’ai décidé de réorganiser la lutte afin de mettre fin à l’exploitation des lutteurs. Il arrivait qu’après un combat, certains reçoivent des bons de paiement qu’ils ne percevaient jamais. Pire encore, ils subissaient des menaces s’ils réclamaient leur dû. Cette situation devait cesser. C’est ainsi que j’ai initié les réformes de 1991. »
« Gaston Mbengue et Serigne Modou Niang parmi les premiers promoteurs licenciés »
« Ces réformes ont conduit à la création du CACLAF (Commission d’administration et de contrôle de la lutte avec frappe), dont j’ai confié la direction à Moulaye Idrisse Tera. Cependant, cette réforme n’a pas fait l’unanimité. Certains opposants sont allés jusqu’à écrire au président Abdou Diouf, menaçant de troubles si je ne revenais pas sur ma décision. Le président a transmis la lettre à Jean Colin, qui m’a convoqué pour me demander de reculer, sous peine de quitter le gouvernement. J’ai préféré partir plutôt que de renoncer. Pour éviter le blocage du décret, j’ai pris un arrêté ministériel imposant l’achat d’une licence aux promoteurs. Ainsi, Maguette Diop de Ndiambour fut le premier à se conformer à cette exigence, suivi du Jaraaf, de Médoune Diène, puis de Badou Gueye Sandial, Pape Lô, Gaston Mbengue et Serigne Modou Niang. Ils font partie des premiers promoteurs à avoir acquis une licence après la réforme. Mon ambition, à l’époque, était de voir les lutteurs percevoir des cachets allant de 30 à 50 millions. »
« La lutte s’est développée grâce à la réforme de 1991 et au CNG »
« J’ai quitté le gouvernement en 1993 et Ousmane Paye m’a succédé. Il a dissous le CACLAF pour créer le CNG, dirigé par Alioune Sarr. Le mérite de ce dernier est d’avoir profondément modernisé la lutte. Son développement repose sur plusieurs piliers : la réforme de 1991, le travail du CNG, l’implication des promoteurs et le rôle des journalistes sportifs. Dans l’arrêté de 1991, j’avais notamment imposé aux promoteurs d’organiser au moins un combat de jeunes par saison, ainsi qu’un événement en région. J’avais aussi exigé que les lutteurs perçoivent 50 % de leur cachet avant le combat, le reste étant versé après. »
« J’ouvre mes portes à Ada Fass »
« Avec toute l’évolution qu’a connue la lutte, nous accueillons aujourd’hui Ada Fass à bras ouverts. Il fait la fierté de Dakar. Je vais le soutenir comme nos anciens soutenaient les lutteurs de leur époque. De la même manière que certaines localités portent fièrement leurs champions, Dakar doit également accompagner le sien sans réserve. Ada a besoin d’encadrement. Contrairement à la boxe ou au MMA, les risques sont moindres en lutte. Il ne doit donc pas rester trop longtemps sans combattre. S’il a l’opportunité de disputer un combat dans trois ou quatre mois, il doit la saisir. Ce sont là les conseils publics que je lui adresse. Les autres se feront en privé. Je lui ouvre mes portes : chaque fois qu’il aura besoin de moi, il pourra compter sur mon soutien. »
Avec RECORD

