Venu en Gambie pour l’édition 2025 du TOLAC, le président de la fédération ivoirienne de lutte, monsieur Allou Honoré est revenu longuement sur l’organisation de cet évènement en terre gambienne et la performance des athlètes ivoiriens. Il a aussi parlé des difficultés, qui empêchent à la lutte africaine de s’imposer au niveau mondial et de la lutte sénégalaise, qui selon lui, est une référence en Afrique.

Président, comment voyez-vous la prestation de la Côte d’Ivoire au TOLAC de Gambie ?

Nous sommes très satisfaits de la prestation de nos athlètes à cette 14ème édition du TOLAC, dans la mesure où nous avons deux athlètes, qui ont eu à disputer la finale or et argent en individuel en -66kg avec Céline Bakayoko, en -76 kg avec Ami Youan et en plus de ces deux finales or et argent, nous avons une finale de bronze, qui a été disputée par Ballo Hassane en -100 kg. C’est un bond en avant, comparer à l’édition de 2025 où la Côte d’Ivoire s’en était tirée avec une médaille en argent et une médaille de bronze et cette année, on a eu au moins la possibilité d’avoir deux médailles d’or et une médaille de bronze donc, vu sous cet angle, nous sommes très satisfaits de la prestation de nos athlètes à cette 14ème édition du TOLAC en Gambie.

Le public a regretté les absences du Niger, du Burkina et du Mali, qu’en pensez-vous ?

 C’est une grosse absence ! Nous sommes peinés que ces grands pays de lutte soient absents. On ne va pas se le cacher, le Niger qui changeait le Sénégal lors des différentes éditions ; soit c’est le Sénégal qui gagne, soit c’est le Niger qui gagne et puis, après, les autres pays arrivaient. Le Burkina Faso, qui par moment arrivait à se mettre sur le podium, tout comme le Mali, sont les grands absents du TOLAC. Mais de ce côté, je ne peux pas en dire plus parce que, on connait tous la situation. Tous ces pays étaient présents aux différents TOLAC mais, je pense qu’il y a une décision politique, qui nous dépasse à la vue de la situation entre les pays de l’AES et la CEDEAO. C’est regrettable parce que le sport devrait transcender toutes ces situations-là. On ne peut pas aller contre la décision d’un gouvernement. Ils sont mieux placés pour savoir ce qui est mieux pour eux. Mais, ce qu’on retient, c’est que, ce sont de très grandes nations de lutte, qui ne sont pas présentes, depuis 2 éditions donc, nous espérons que dans un avenir très proche, ces pays pourront revenir dans cette sphère du sport au niveau sous-régional.

Comment se porte la lutte en Côte d’Ivoire ?

La lutte se porte très bien en Côte d’Ivoire. Nous avons pris les rênes du pouvoir depuis 2019. Moi je suis à la fédération, depuis 1992, en tant qu’athlète et à partir de 2005, je suis passé entraîneur national et donc, je sais plus ou moins quelques étapes de la lutte mais, depuis 2019, l’année où nous avons pris la fédération, lors de ma 1ère élection à la tête de la fédération jusqu’à cette année 2026, je pense que beaucoup de choses ont été faites . La lutte se porte très bien ! Nous avons mis l’accent sur le développement de la lutte au niveau des villes et des localités de l’intérieur du pays. Aujourd’hui, nous avons des champions, qui ne proviennent pas seulement d’Abidjan mais, qui proviennent des autres contrées du pays. Au plan national, nous arrivons à organiser régulièrement nos compétitions. Toujours au plan national, nous avons des formations des cadres techniques, des arbitres, des dirigeants de club et au plan international, aujourd’hui, la Côte d’Ivoire se situe parmi les grandes nations de lutte, en termes de résultats sportifs. Pour preuve, en 2025, nous avons obtenu deux médailles au TOLAC, ce qui était une première dans l’histoire de la lutte en Côte d’Ivoire. Cette année (2026), nous avons placé deux athlètes en finale or et argent et un athlète, qui a été en finale de bronze.  La lutte en Côte d’Ivoire, ce n’est pas seulement la lutte africaine, il y a la lutte olympique. Avec cette forme de lutte, nous revenons du championnat d’Afrique de lutte olympique à Alexandrie en Egypte avec une médaille de bronze et une médaille d’argent. Nous avons également participé à la beach-wrestling, la lutte sur sable, qui sera bientôt aux jeux olympiques, où nous avons eu deux titres de champion d’Afrique avec Céline Bakayoko et Ami Youan. Aux vues de ces quelques résultats, nous pensons que la lutte en Côte d’Ivoire se porte très bien.

Selon vous, pourquoi l’Afrique peine à s’imposer en lutte olympique, au niveau mondial ?

L’Afrique n’arrive pas à percer à la lutte olympique, au niveau mondial parce qu’il y a plusieurs facteurs, qui entrent en ligne de compte : d’abord, au niveau de l’équipement, il faut avoir un équipement adapté, pour la pratique de la lutte olympique. Nos athlètes, qui ont déjà un bon niveau en lutte africaine, en beach-wrestling ont besoin d’avantage de stage et de moyens de mobilité. Ils doivent être capables de se déplacer et de participer à des stages, qu’ils soient en Europe, notamment en Europe de l’Est, en Asie et même aux Etats Unis. Ensuite, en toute chose, ce sont les entraînements. Aujourd’hui les meilleurs sont sous d’autres cieux. Il faut pouvoir aller à leur école. Au niveau de la lutte olympique, on a nos gouvernements, qui ont du mal à porter le soutien nécessaire aux fédérations sportives nationales, pour pouvoir performer en lutte olympique. Sinon à part ça, nous avons des capacités, des athlètes. Quand vous prenez le Sénégal, qui est un grand pays en lutte olympique, en beach wrestling et en lutte africaine, pour passer de ces formes de lutte à la lutte olympique, il n’y a qu’un pas à franchir : c’est la formation ! Enfin, il faut encourager les enfants, les jeunes à travailler, leur trouver des moyens colossaux, pour pouvoir leur permettre d’avoir de l’expérience. Si on a les moyens qu’il faut, si on travaille avec les européens, les asiatiques et les américains, je pense que l’Afrique peut performer en lutte olympique.

La prochaine édition du TOLAC aura lieu en Côte d’Ivoire, comment comptez-vous le préparer ?

Nous sommes déjà heureux que la CEDEAO ait attribué le tournoi à la Côte d’Ivoire. Le tournoi aura lieu dans le premier trimestre de l’année 2027. Vraiment, nous sommes fiers et le gouvernement ivoirien, qui a soutenu la candidature de la fédération ivoirienne de lutte, est prêt à mettre les bouchées doubles pour réussir cette organisation. Vous avez en mémoire l’organisation de la CAN 2024, qui a été une réussite historique au niveau de la CAF et pour la lutte, le gouvernement qui sait très bien faire les choses fera tout, pour que cela soit une réussite, grâce à son excellence, le Président de la République, monsieur Alassane Dramane Ouatara, qui est un homme d’excellence et il ne fait pas les choses à peu près. Il a des lieutenants, qui sont le premier ministre et le ministre des sports, qui ont pris à bras le corps ce challenge, qui sera relevé et nous attendons vraiment avec impatience tous les pays de la CEDEAO pour que la fête soit belle.

Comment la lutte sénégalaise est vue en Côte d’Ivoire ?

Déjà, il y’a une grande communauté sénégalaise en Côte d’Ivoire et tous les combats de lutte avec ou sans frappe sont suivis en Côte d’Ivoire grâce aux différentes chaînes du Sénégal. Nous étions invités au Sénégal, récemment, au combat royal qui opposait Sa Thiès à Modou Lô. J’y étais avec une de mes athlètes (Bakayoko Céline) qui affrontait la sénégalaise Isabelle Manga. Ça a été une très belle expérience. Le Sénégal, en Afrique, est une référence en lutte et nous, nous rêvons d’une telle organisation de cette activité, qui est la lutte, qui fait partie du patrimoine de l’Afrique et qui a besoin d’être valorisée sous tous les cieux. Nous remercions le Sénégal, qui a su vraiment valoriser cette activité-là. C’est pourquoi avec le président Bira Séne, nous avons toujours ce contact-là, pour apprendre auprès du Sénégal de tout ce qu’ils font de bien, pour que la lutte aille de l’avant. En Côte d’Ivoire, on veut aussi s’organiser pour qu’on puisse organiser un jour, un combat de lutte avec frappe avec de grands noms et des combats de lutte sans frappe avec les meilleurs du Sénégal contre les meilleurs de la Côte d’Ivoire et bien d’autres pays donc, nous travaillons à cette collaboration et nous encourageons vraiment la fédération sénégalaise de lutte à poursuivre cet élan et tendre la main aux autres fédérations, pour que nous puissions apprendre auprès d’eux.

Source : RECORD

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