Cheikh Sarr : de Dahra Djolof au cœur de la fédération de lutte

Cheikh Sarr n’est plus à présenter dans le milieu. Natif de Dahra Djolof, l’ancien fonctionnaire d’Etat a orienté sa passion dans la lutte. De simple amateur, il a occupé le poste le plus convoité chez les férus de la lutte avant d’intégrer le CNG puis la fédération sénégalaise de lutte. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, mais il a aussi évoqué le mandat de Bira Sène, la violence dans l’arène, le PPV entre autres sujets.

Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de RECORD ?

C’est Cheikh Sarr, natif de Dahra Djolof. Je suis le président de la commission d’organisation de la nouvelle fédération sénégalaise de lutte (FSL). Je suis aussi un ancien fonctionnaire de l’Etat. J’étais au patrimoine bâti jusqu’à ma retraite.

Vous habitez au Djolof, une zone pas très lutte. Pouvez-vous revenir sur les circonstances de votre arrivée dans l’arène ?

Il faut dire plutôt que le Djolof n’est pas une terre de lutteurs parce que n’ayant pas beaucoup de lutteurs. Mais c’est une terre de lutte. Parce qu’elle a toujours accueilli de grands galas de lutte notamment le combat Mame Gorgui Ndiaye et Garo Gare. L’arène Maguette Lô a accueilli de grands combats. C’est ainsi que ma passion pour la lutte a démarré. Par la suite, j’ai rejoint l’association des amateurs avant d’en devenir le président en 2011. Le feu Diène Diouf était mon 1er adjoint, Amadou Mbaye, le 2ème adjoint. Après un mandat de 4 ans, j’ai refusé de continuer.

Mais racontez-nous comment le virus de la lutte vous a piqué ?

Après Dahra, nous sommes partis à Tamba avec mon père. Sur place, ce sont les Soocé (ethnie) qui organisaient les combats. C’est à partir de là que le virus m’a vraiment piqué. Par la suite, je suis venu à Dakar où ma passion pour la lutte a grandi. À une période, je faisais partie des plus grands amateurs de lutte du Sénégal. Mame Semou Diouf, Major Mbengue et moi étions devenus des références chez les amateurs. Nous étions la bande que les cantatrices chantaient. Je suis resté amateur jusqu’au départ d’Alioune Sarr à la tête du CNG.

Donc, vous n’étiez pas membre du CNG sous l’ère Alioune Sarr ?

Non. Après le départ d’Alioune Sarr, Matar Ba, ministre des Sports, nous avait convoqués dans son bureau et m’avait annoncé la nomination de Bira Sène tout en me cooptant dans la commission d’organisation, à sa tête Vieux Thioune. C’est après le décès de Thioune que j’ai été nommé président de la commission d’organisation du CNG. J’ai occupé ce poste durant le tout le règne de Bira Sène. J’ai été encore nommé à ce poste par Bira Sène après son élection à la tête de la fédération sénégalaise de lutte (FSL).

C’est quoi le rôle de cette commission ?

C’est le promoteur qui monte ses combats. Mais le jour du combat, à l’arène nationale, c’est la commission d’organisation qui gère. C’est elle qui organise en quelque sorte. Nous gérons les superviseurs, l’arrivée des lutteurs, nous veillons aux heures de convocation, les heures de touss, l’emplacement des cumukaay, nous organisons tout.

Mais les promoteurs paient des frais d’organisation… ?

Oui. Parce que cet argent permet de payer les superviseurs, les arbitres, les agents qui gèrent l’enceinte.

En tant qu’amateur qui était votre lutteur préféré ?

En fait, je n’avais pas de lutteur. J’étais plutôt un pensionné de la lutte. Et je suivais tous les lutteurs. Par contre, Mbaye Gueye m’avait beaucoup marqué. Je l’aimais beaucoup quand j’étais jeune. Je me rappelle lorsqu’il venait voir Oumar Diop aux HLM, nous le suivions tous.

Selon vous, qui est le plus technique entre la génération actuelle et celle ancienne ?

Les anciens lutteurs mettaient en avant le courage et la détermination. Ils ne faisaient pas de musculation. Ils venaient avec leur masse et luttaient avec les armes qu’ils avaient. La génération d’aujourd’hui est plus technique. Les Balla Gaye 2, Modou Lô, Eumeu Sène, Yékini, ce sont de grands techniciens, de grands champions. Ces gens sont plus ingénieux. Les anciens misaient plus sur leurs forces que sur l’aspect technique.

Le CNG dont vous étiez membre a laissé la place à la fédération. D’abord, pourquoi vous n’étiez pas candidat lors des élections fédérales ?

Je ne pouvais pas être candidat. Parce que je n’avais pas une écurie pour parrainer ma candidature. Au premier temps, j’étais candidat pour être membre du comité directeur. Mais il y a eu un problème. L’écurie qui voulait me parrainer avait aussi parrainé un autre. Le problème a été soulevé et j’ai pris la responsabilité de me désister.

Bira Sène a été élu pour un mandat de quatre ans. Pensez-vous qu’il peut développer la lutte ?

Je ne dis pas la fédération, mais il peut même générer la fédération internationale de lutte (FILA ou UWW). Il connaît l’administration, il est un cadre. Il a une longue expérience de la vie associative. Il a la capacité d’écoute. Je ne doute pas qu’il développera la lutte durant son mandat.

Pensez-vous que la violence peut être éradiquée définitivement dans l’arène ?

Depuis notre arrivée, nous luttons contre la violence. C’est Bira Sène qui a exigé la fin des combats à 19h. Je me rappelle, le directeur de la sûreté urbaine m’avait appelé pour demander le numéro de Bira. Je le lui ai donné. Il l’a appelé pour une convocation. J’avais accompagné Bira Sène lors de cette réunion ainsi que Ndiamé Diop et commandant Thioune. Au ministère de l’Intérieur, nous avions trouvé le directeur de la sûreté, le commissaire central et le DGA. C’est lors de cette réunion que Bira avait pris l’engagement de mettre fin aux combats à 19h. Malgré cela, il faut comprendre que la violence est présente partout : dans le basket, le football, dans la politique et autres. Mais c’est l’Etat qui gère l’aspect sécuritaire du pays. Et l’Etat a pris ses devants. Avec les nouvelles mesures, personne n’ose plus user de la violence dans l’arène.

Aujourd’hui, il y a le pay-per-view qui oblige les téléspectateurs à acheter un code pour pouvoir suivre les combats. C’est un avancement et ou frein pour la lutte ?

D’abord, il faut comprendre qu’auparavant, il n’y avait que la RTS qui diffusait les combats et les émissions de lutte. En plus, il y avait les sponsors pour accompagner les promoteurs. Par la suite, les sponsors se sont retirés. Les cachets des lutteurs avaient déjà flambé et les billets d’entrée n’arrivaient plus à assurer un bénéfice aux promoteurs. Donc, il fallait trouver une alternative. Le pay-per-view est venu soulager les promoteurs, mais aussi maintenir les cachets à leur niveau.

Mais il faut reconnaître aussi que le PPV a freiné l’engouement de la lutte dans les zones reculées… ?

C’est vrai. Mais le monde évolue. La technologie évolue également. Et il faut suivre cette évolution. Les lutteurs trouvent également leur compte sur le PPV, les promoteurs également. Le PPV est devenu incontournable. C’est le lieu de féliciter Ibrahima Faye dit Beuz et Luc Nicolaï qui l’ont amené dans l’arène.

Le problème des certificats médicaux est récurrent dans l’arène. Comment faire pour trouver une solution définitive ?

Les textes règlent cette question des certificats médicaux. Bira Sène avait résolu le problème, à son retour à la tête de la fédération, il a encore renforcé les mesures. Toute blessure est prononcée qu’après une contre-expertise diligentée par la fédération. C’est le même procédé pour une guérison. Et le promoteur a l’obligation de tenir le combat dans un délai de trois mois après la guérison. Pour dire que cette question des blessures a été gérée. Parfois, aussi, il faut accepter que le sport rime avec blessure. Nous avons vécu le report du combat entre Moustapha Gueye et Mor Fadam. C’était le 1ère janvier et c’est vers 12h, le jour du combat, que le report a été annoncé suite à une blessure de Tapha Gueye.

Un dernier mot à l’endroit des acteurs ?

D’abord, je vous remercie. Je salue le travail de votre journal. Je lis chaque jour RECORD. C’est mon journal. Depuis la disparition de Sunu Lamb, c’est grâce à RECORD que nous restons informés de l’actualité de la lutte. 

Source : RECORD

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