Depuis la consécration de Sa Thiès comme roi des arènes, le monde de la lutte sénégalaise est plongé dans une bataille opposant promoteurs, managers et lutteurs. Tous rêvent d’organiser ou de disputer un combat royal, considéré comme le sommet de l’arène en termes d’enjeux sportifs, médiatiques et financiers. Cet événement représente à la fois une immense source de gloire et un investissement particulièrement rentable. Derrière ces grandes affiches se cacheraient pourtant de nombreuses stratégies, alliances et calculs.

Il suffit de battre le roi pour prendre sa place

Tout débute en 1984. Manga 2 et Mor Fadam, deux grands champions, disputent un drapeau baptisé « Roi des arènes ». Manga 2 en sort vainqueur et devient ainsi le premier roi des arènes. Il conservera ce titre jusqu’à sa défaite face au jeune Tyson en 1999. Par la suite, lui succéderont Bombardier, Yékini, Balla Gaye 2, Eumeu Sène, Modou Lô puis Sa Thiès. Comme quoi, il suffit de battre le roi pour prendre sa place. Mais avant d’y parvenir, le prétendant doit enchaîner de grandes performances afin de mériter un face-à-face avec le numéro un de l’arène.

Avec Modou Lô, la couronne s’est retrouvée entre les mains d’un roi sur qui toutes les pressions s’annulent. Il choisissait ses adversaires tout comme les structures chargées d’organiser ses combats. Une situation qui ne plaisait guère à certains lobbies qui désiraient avoir la mainmise sur le fonctionnement de l’arène.

Mais avec l’arrivée de Sa Thiès, une nouvelle porte s’est ouverte, mêlée au rêve de conserver la couronne le plus longtemps possible. Dés lors, un accord implicite semble se dessiner autour d’un dilemme. En effet, la concurrence pousse désormais les promoteurs, non seulement à organiser un combat royal, mais aussi à s’assurer d’en organiser d’autres à l’avenir. Chacun cherche à écarter ses rivaux et c’est précisément ce qui semble se produire aujourd’hui.

La structure Albourakh a enfin organisé un combat royal en avril dernier, soit sept ans après ses débuts. Désormais, elle semble vouloir s’assurer l’exclusivité de cet événement pour les années à venir. D’abord, son président s’est précipité pour annoncer l’officialisation d’un combat opposant Ada Fass à Sa Thiès. Ensuite, la même personne a fait volte-face en déclarant que le prochain combat royal opposerait finalement Sa Thiès à Siteu.

Franc apparait comme le lutteur plus coriace

Ces deux annonces laissent entrevoir un manque cruel de professionnalisme ainsi qu’un tâtonnement à visage découvert. À force de vouloir tout contrôler, Albourakh cherche à avoir à sa solde plusieurs prétendants à la couronne, à l’exception de Franc. Pourtant, ce dernier apparaît aujourd’hui comme le lutteur le plus coriace. Son seul « tort » serait d’être lié à une structure concurrente. En effet, avec Franc, Albourakh pourrait ne plus s’arroger l’exclusivité de l’organisation d’un combat royal en cas de victoire de celui-ciEn plus, le lutteur développe une certaine proximité avec la structure Jambaar ainsi qu’une fibre parcelloise qu’il partage avec le dirigeant de ladite structure. Ainsi, tous les moyens sembleraient bons pour l’écarter un moment, le temps d’en décrocher un autre plus facile à garder sous contrôle.

Les manœuvres avaient d’ailleurs commencé bien avant le verdict du combat entre Modou Lô et Sa Thiès. Après sa victoire contre Tapha Tine en février dernier, Franc devait normalement affronter Sa Thiès si celui-ci devenait roi. Mais Balla Gaye 2, frère du roi et proche de la structure Albourakh, est venu brouiller les cartes en défiant Franc. Une décision qui a fait couler beaucoup d’encre du fait que ce combat paraissait déséquilibré, voire illogique.

Avec le temps, cet acte du lion de Guediawaye a semblé être une stratégie visant à libérer la voie à d’autres lutteurs pour le combat royal. Franc, lié à la structure Jambaar et considéré comme un potentiel futur roi, représente un risque pour certains promoteurs. Non pas par enjeu sportif, mais par pur calcul stratégique.

L’accord du roi déjà acquis, Albourakh n’avait plus qu’à lui trouver un adversaire libre de toute liaison contractuelle. C’est ainsi que des lutteurs comme Ada Fass et Siteu ont été approchés. La cible initiale était Siteu mais face à ses exigences onéreuses, Ada Fass a pu signer en premier. Cette signature aurait sûrement mis la pression sur le lutteur de Diamaguène afin qu’il accepte, lui aussi, de se conformer à la conjoncture du moment.

Sa Thiès snobe le défi, le camp d’Ada Fass scandalisé

Sa Thiès, qui avait pourtant donné son accord pour affronter Ada Fass, a finalement décliné au profit de Siteu. Dès lors, le camp d’Ada Fass crie désormais au scandale, affirmant avoir été dupé. Selon eux, Albourakh leur avait promis un combat royal en décembre 2026 ou janvier 2027.
Le promoteur, de son côté, affirme avoir signé deux combats pour chacun de ces trois lutteurs, dans sa logique de se tailler la part du lion pour ce qui est l’organisation du combat royal. Toutefois, les dynamiques actuelles soulèvent des questions. Mais que feront alors les autres lutteurs déjà engagés avec d’autres structures ? Si ce plan aboutit, quand est-ce que les autres promoteurs pourront encore organiser un combat royal ?

Il faudra sans doute trouver un consensus qui profitera, à coup sûr, à Albourakh. Sinon, le combat royal risque de perdre son caractère méritocratique pour devenir un cercle fermé contrôlé par quelques acteurs. Le goût des amateurs, qui inspirait les grandes affiches, pourrait ne plus faire sens. Ce qui constituerait une situation pouvant, à terme, fragiliser l’équilibre de l’arène sénégalaise.

Contribution de Saliou André MENDY

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