1970-2025 : 55 ans, jour pour jour, l’écurie Pikine Mbollo a connu plusieurs départs et contreperformances sportives. Cette entité, fondée en 1970 par l’ancienne gloire Pape Diop Boston, est, aujourd’hui, affaiblie par une crise sans précédent.

L’écurie Pikine Mbollo est secouée par une crise sans précédent. Elle a connu des départs en cascade. C’est pour cela que nombreux observateurs de ce sport ne comprennent pas la situation assez sombre de cette entité de lutte qui a écrit les plus belles pages de la lutte sénégalaise. Depuis son fondateur Pape Diop Boston en passant par Tyson, Eumeu Sène jusqu’à Tonnerre aujourd’hui, cette écurie a connu de grands noms. Parmi eux, on peut lister Thièck, Boy Sèye, Malal Ndiaye, Cheikh Nguirane, Eumeu Sène, Baboye, Tyson, Pape Konaté, Mame Balla, Commando… Ces lutteurs ont fait leurs débuts à l’écurie Pikine Mbollo avant de claquer la porte en plein jour. La liste est longue et cela fait beaucoup depuis 1970, date de la création de cette entité basée au cœur de Pikine : «Pikine Mbollo a été mise sur les fonts baptismaux par Pape Diop Boston qui a défendu les couleurs de l’écurie avec feu Boy Niang et les Mbacké Bâ. Par la suite, d’autres champions sont venus tenir le flambeau à l’image de Balla Bèye 1 et Mansour Diop. Après eux, c’étaient les Ndiaga Diop et Balla Bèye 2. À la suite de ces derniers, est arrivée la bande à Thièck et Malal Ndiaye jusqu’à Tonnerre. Nous avons connu toute sorte de générations dans cette écurie. Et, à chaque fois, nous avons eu des champions de renom», explique Palla Diop, frangin de Pape Diop Boston et manager de l’écurie. Il estime que plus de 50 athlètes ont quitté Pikine Mbollo pour d’autres cieux. Les dirigeants estiment que ceux qui sont partis « sont des traîtres ».

«Nous faisons tout pour nos athlètes afin de les aider à réussir. Mais, chaque fois qu’un athlète réussit, c’est d’autres personnes qui le récupèrent. Ils oublient que c’est nous qui avons formé ce lutteur pendant des années, sans voir aucun de ses parents à ses côtés. Nous les formons afin qu’ils puissent se servir demain et nous servir aussi. Mais quand un lutteur devient célèbre après des succès, il cherche à sous-estimer ceux qui l’ont encadré depuis ses débuts. Il y a eu des lutteurs qui ont quitté l’écurie et qui m’accusent d’être à l’origine de leur départ. Je qualifie leur acte de trahison. Ils ont tous trahi parce qu’ils quittent après avoir eu des succès», regrette le coach Baba Diallo.

Contreperformances multiples, des djinns indexés

Cette écurie a révélé de grands champions. Au temps des gloires, on saluait l’union des cœurs et le sérieux à l’entraînement. Mais, depuis que l’entité ne gagne plus, on en trouve des causes métaphysiques. En effet, certaines indiscrétions nous expliquent que les lutteurs évoquent des djinns dans leur salle d’entraînement pour justifier leurs contreperformances. Faut-il en rire ou en pleurer ? Voici l’explication du coach Baba Diallo : «On peut donc dire que quand ils gagnent, c’est grâce à ces djinns. Que les gosses sachent raison garder ! Parce que ce sont les entraînements qui font gagner un combat et non des choses qui n’existent pas. Nos poulains ont commencé à voyager. À leur retour de voyage, ils nous minimisent, préférant s’entraîner à leur manière. La lutte avec frappe est particulièrement sénégalaise. C’est nous qui pouvons recadrer nos poulains et les aider à vaincre.»

Actuel leader de Pikine Mbollo, le lutteur Tonnerre confie : « Notre écurie n’a pas le soutien qu’il faut. Elle se réduit au manager et au coach, c’est tout. Il devait y avoir un staff digne de ce nom avec un président…».

Pour le manager Palla Diop, l’entraîneur qui a formé Tonnerre et consorts, c’est le même qui est toujours là : Baba Diallo. Ce dernier, poursuit-il, est toujours présent pour encadrer techniquement les jeunes athlètes de l’écurie. L’ancien lutteur est d’avis que la chance de Pikine Mbollo, c’est qu’elle est formatrice. « C’est à bas-âge que l’athlète vient à l’écurie et on le forme jusqu’à en faire un grand champion », se réjouit-il.

À Pikine, à part Ama Baldé, il n’y a presqu’aucun champion de renom qui ne soit pas passé par Pikine Mbollo. Pourtant, c’est le même entraîneur qui a formé et révélé des champions tels que Ndiaga Diop, Mame Balla, Boy Sèye, Thièck, Tonnerre, etc. Lorsque l’héritier de Pape Diop Boston, Ndiaga Diop, était parti en Italie, l’écurie était vide de son monde. Il n’y avait presque plus de ténors. Mais, l’entité mythique de Pikine ne s’était pas désemparée et avait continué le travail, parvenant à sortir d’autres champions.

Alioune Badara TOURÉ

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