Maïté Davidovi, professeur de sports au ministère des Sports en France, agent du CREPS de Bourgogne-Franche-Comté, ancienne lutteuse et entraîneuse de lutte, a séjourné à Dakar pour une formation réservée aux entraîneurs de lutte, aux directeurs régionaux et les cadres de la lutte. Formation qui s’est tenue à l’arène nationale du 31 mars au 4 avril 2026 et qui a vu la participation du Sénégal, du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso et de la Mauritanie. À l’issue de l’atelier, Davidovi avait accordé un entretien à RECORD. La première partie de l’entretien a été publiée dans notre numéro d’hier. Pour la suite et fin de l’échange, elle évoque la lutte sénégalaise. Ses impressions sur la discipline, l’aspect sécuritaire, l’engouement auprès du public et sa probable exportation à l’étranger.
Abordons la lutte sénégalaise. Est-ce que vous aviez l’habitude de regarder cette forme de lutte pratique au Sénégal ?
J’en avais déjà vu à la télévision et sur Internet, mais je ne l’avais jamais vu en vrai. Chez nous, nous pratiquons le Beach Wrestling qui est assez proche de la lutte africaine de même que la lutte sénégalaise même s’il y a une différence en termes de règlement, en définitive, c’est la même logique.
Qu’est-ce qui vous impressionne le plus dans la lutte Sénégalaise?
Ce qui m’a le plus impressionné, même si je le savais déjà, c’est l’arène nationale. J’ai hâte de voir comment elle sera demain (5 avril, jour du combat royal entre Modou Lô et Sa Thiès) quand elle sera remplie. J’ai hâte de voir ça. Je suis impressionné par l’engouement que ça procure chez les personnes. Pas la pratique parce qu’elle n’est pas très éloignée de ce que nous faisons. C’est vraiment la réaction du public, le folklore, le côté traditionnel, ce mélange entre la tradition et l’activité sportif, c’est ce que j’adore le plus. On remarque tout de suite que la lutte sénégalaise, c’est un porteur de culture et de vivre ensemble.
À votre niveau, s’il y avait quelque chose à améliorer dans la lutte sénégalaise, ce serait quoi ?
Il y a peut-être un travail de sensibilisation à faire auprès des spectateurs parce que des fois, on voit que ça conteste beaucoup. L’autre aspect dommageable, c’est que la lutte reste au Sénégal. Il n’y a pas de diffusion plus large.
Mais il y a l’arrivée de Canal+ qui va diffuser le combat royal…?
Oui, je sais. La lutte est en train d’évoluer. Avec les diffusions qui avaient lieu au Canada (festival international de lutte organisé par Ibrahima Faye dit Beuz à Montréal, le 18 octobre dernier, ndlr), on voit que la diffusion est en train de passer un cap. C’est super.
Pensez-vous que le fait de lutter à main nue ne puisse être un frein à son exportation ?
Ça, c’est une vraie problématique. Je vous donne un exemple concret. Au niveau de notre association, on porte aussi du MMA et du grappling. Dans mon club, il y a une forte communauté de Mayotte et de Comoriens qui pratiquent le moringue. C’est de la boxe à mains nues. Ça ressemble beaucoup à la lutte avec frappe. Du coup, on avait beaucoup de retours négatifs des autorités qui disaient que ce n’est pas possible de faire ça. Mais nous, nous savions que ces combats se pratiquent dans les rues dans des conditions inadaptées et dangereuses. Avec d’autres associations, notamment celle de Karaté dirigée par un Sénégalais, natif de Pikine, nous nous sommes mobilisés et nous avons construit cette action pour permettre à la communauté de venir pratiquer du moringue dans de bonnes conditions.
La main nue pourrait donc prospérer à l’étranger ?
L’idée avec les lutteurs, c’est, petit à petit, de pouvoir les protéger. Car le fait de pratiquer à main nue quand tu ne maîtrises pas la technique, c’est dangereux. Car tu peux blesser l’autre, mais tu peux aussi te blesser toi-même. Mais au moment où c’est accepté par les deux pratiquants, que c’est sécurisé par un arbitre et un médecin, c’est plus l’image qui surprend de voir à main nue parce que ce n’est pas la culture dominante. Mais en vérité, il n’y a pas de problème de sécurité. En frappant à main nue, les gars frappent moins fort par rapport à la boxe anglaise où on a un énorme gant qui protège le combattant.
La sensibilisation est donc nécessaire auprès des autorités ?
En fait, le gant protège celui qui frappe et pas celui qui reçoit le coup. C’est plus un problème de connaissance du public et des autorités qui ne connaissent pas le fonctionnement des sports de combat et qui croient que le fait d’avoir les gants protège celui qu’on tape. Ce qui n’est pas le cas. C’est plus un problème de perception, plutôt que de sécurité.
Votre dernier mot…. ?
Pour mon dernier mot, je vous dis merci. Merci de nous avoir accueillis. Merci de nous avoir acceptés, de nous avoir beaucoup apportés durant ces jours de formation. C’était vraiment incroyable.

Source: RECORD

