La première académie francophone de lutte s’est tenue à Dakar du 31 mars au 4 avril dernier à l’arène nationale. Une délégation présidée par Maïté Davidovi et composée d’une dizaine de ses compatriotes a séjourné à Dakar durant sur cette période pour offrir une formation aux entraîneurs, directeurs régionaux et cadres de la lutte. Au total, une quarantaine de participants venus du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, la Mauritanie, le Bénin, le Burkina Faso entre autres pays ont pris part à cet atelier. À la fin de la formation, la cheffe de délégation a accordé un entretien à RECORD. Durant lequel échange, elle est revenue sur les motivations de la formation, le choix du Sénégal, le bilan et les perspectives. Elle a aussi évoqué la lutte avec frappe sénégalaise, partie qui paraîtra dans notre prochain numéro.
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?
Je m’appelle Maïté Davidovi. Je suis professeur de sports au ministère des Sports en France. Je travaille pour le CREPS de Bourgogne-Franche-Comté. Le CREPS (Centre de ressource, d’expertise et de performance sportive) est un établissement public du ministère des Sports qui s’occupe du haut-niveau et de la formation. J’ai un cursus en lutte, ancienne pratiquante de lutte. J’ai été entraîneuse. J’ai passé le brevet d’Etat en France et maintenant, je suis présidente d’un club de lutte et je coordonne au CREPS les formations dans le secteur de la lutte. C’est-à-dire que je forme les entraîneurs de lutte dans toute la France.
Vous êtes là pour une formation de 5 jours. Pourquoi le choix du Sénégal?
On a envie de mettre en place une collaboration internationale avec pour cible, un grand pays de lutte. Du coup, on ne pouvait choisir un autre pays que le Sénégal. En plus, il y a les JOJ qui arrivent d’où le choix de mettre cette action avec le Sénégal. Une idée née dans un premier temps d’un échange qu’on a eu avec l’ancien président du CNG, Malick Ngom qu’on avait accueilli au CREPS ainsi que huit athlètes (4 garçons et 4 filles) et deux encadrants qui étaient venus pour préparer les JOJ. Au cours de cette première étape de stage, on s’est rendu compte en échangeant avec Malick Ngom et l’entraîneur Safiétou (Goudiaby) qu’il y avait une demande de formation des cadres. Ainsi, on s’est dit que c’était un point pour faire progresser vite. Nous avions également envie d’échanger de ce qui se faisait ici en lutte africaine que nous ne connaissons pas et qui est transposable en beach wrestling chez nous. L’idée est de faire un échange pratique.
Mais, il y a la participation d’autres pays africains….?
Ça a commencé avec un échange France-Sénégal, mais en échangeant avec Didier Sauvaire qui est le président de l’union des fédérations francophones de lutte, il a émis l’idée d’inviter quelques participants des pays frontaliers pour faire profiter aux autres pays de la sous-région et pour pouvoir créer davantage de coopération entre ces pays. C’est comme ça qu’on a dressé une invitation aux pays membres de l’union des fédérations francophones de lutte qui sont à proximité. Ils ont répondu positivement à cette invitation : la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Benin, la Guinée et le Burkina. On avait également le Congo et le Maroc qui voulaient venir, mais qui n’ont pas pu, pour des raisons diverses et variées, envoyer quelqu’un. Mais ils étaient intéressés par l’action.
Quels sont les profils des participants à cette formation?
On a essayé de construire une action de formation qui puisse répondre à tous les profils qui viennent : c’est-à-dire aussi bien des entraîneurs que des cadres des régions qui vont plutôt être sur le développement de la pratique, des cadres nationaux qui vont avoir une vision plus globale. C’est pour ça qu’on a fait un parcours de trois formations, un parcours très ciblé sur l’entraînement. On a travaillé sur tout ce qui est technico-tactique, physique, la prévention contre le dopage, les aspects de santé dans la pratique. Il y a aussi un axe plus développeur. Là, on a été plus développeur sur comment amener la lutte auprès de tous les publics aussi bien les publics scolaires que les publics en situation de handicap, le public féminin, travailler sur tout ce qui est compétence psychosociale pour montrer l’aspect éducatif de la lutte. Et le dernier groupe où on est sur les cadres. Ici, on a vraiment beaucoup travaillé sur tout ce qui est méthode, projet, coopération internationale. Avec ce groupe-là, on a construit tout au long des cinq jours un projet de coopération internationale qui pourra prendre corps après cette académie.
Source; RECORD
Au-delà de cette formation, peut-on s’attendre à une autre de ce genre?
C’est tout à fait imaginable. Après, nous travaillons avec des partenaires : l’UEFA, l’UWW. On travaille aussi avec l’ambassade. Déjà, nous allons faire un bilan de cette formation, voir s’il y a des effets. Si tout le monde est content mais qu’il n’y a aucun impact sur le terrain, ce n’est pas le bon modèle, il faut faire autrement. Cette formation est la première académie. Mon souhait est que ça se fasse régulièrement avec une volonté de pouvoir faire monter en compétence, de la coopération entre les pays francophones. Pour le moment, nous sommes restés sur quelque chose de modeste pour le nombre de pays participants puisque la francophonie, c’est plus d’une trentaine de pays membres. Tout à fait, on pourrait imager, petit à petit la venue des pays comme le Canada, les pays d’Europe et ceux du continent américain qui renforcerait cette volonté de collaboration.
Vous avez évoqué le bilan tout à l’heure. Pouvez-vous tirer un bilan provisoire?
On vient de faire un petit thermomètre à chaud. En tout cas sur le ressenti des participants, il est super positif. Cependant, il y avait quelques points à améliorer sur comment utiliser directement ce qui a été montré. Parce que, dés fois, il y a un grand écart en termes d’infrastructures. En termes de fonctionnement, il y a des choses à améliorer encore. Le bilan est positif du point de vue des stagiaires, du point de vue de nous, il est super positif parce que, c’était incroyable l’engagement des personnes. Nous n’avions pas beaucoup de jours, c’est pourquoi nous leur avons proposé des journées de formations très longues avec beaucoup de contenu. Malgré cela, nous avons senti leur engagement, leur investissement, l’envie d’apprendre. C’était super riche. Ça donne envie de refaire.
Comment trouvez-vous le niveau des participants avant le démarrage de la formation?
Le niveau des participants est très hétérogène. Il y a beaucoup d’écarts. Il y a des personnes qui se sont déjà formées. D’autres qui ont plus de difficultés. Mais ce n’est pas grave puisqu’il y avait beaucoup de solidarités et de coopération au sein des groupes, tout le monde a progressé partant du niveau où il était. Il n’y avait pas quelqu’un qui ne comprenait rien. Par rapport à la langue française, la majorité parlaient la langue, pour le reste la traduction en wolof était bien assurée. En tout cas, je n’ai pas l’impression qu’il y a des gens qui n’ont rien tiré de cette formation.

