Idy Ndong est un grand connaisseur de la lutte, particulièrement celle sans frappe. Il connaît pratiquement tous les lutteurs. Il fait le tour des régions rien que pour assister aux galas de lutte simple. Témoin de plusieurs générations de lutteurs, l’homme qui a suivi, au stade, le combat entre Mame Ndiambane et Zale Lô est notre invité pour ce numéro de Ramadan des arènes. Menuisier-ébéniste de formation, Idy est plus connu dans l’arène que dans le métier du bois.
Comment passez-vous votre journée durant le jeûne ?
Dieu a fait que je ne prends pas le petit-déjeuner (Kheud). Ainsi, après la prière, je me rendors jusqu’à 9 h, l’heure à laquelle je me rends à l’atelier. Je suis menuisier-ébéniste. Je reste au travail jusqu’à 17 h avant de partir à la maison. Mais entre-temps, s’il y a un événement à l’Arène nationale, je viens le couvrir avant de retourner au boulot. En tout cas, à 17 h, je rentre à la maison jusqu’à la rupture du jeûne. La nuit, je peux partir à la plage pour participer aux séances des lutteurs, comme je peux aussi les retrouver dans leur écurie. Voilà comment je passe mes journées durant le ramadan.
Est-ce que c’est dur d’allier le travail et le jeûne ?
Non, ce n’est pas difficile, parce que j’en ai l’habitude. En plus, j’ai été éduqué à pouvoir allier les deux. Je remercie pour cela mes parents. Paix à leurs âmes. Ils m’ont inculqué ces valeurs et je ne cesserai jamais de les remercier.
Quel est le moment le plus difficile de la journée pour vous ?
Même hors du mois de ramadan, je ne mange pas beaucoup. D’habitude, si je prends le petit-déjeuner le matin, je peux rester toute la journée sans manger. Je ne mange pas forcément à l’heure du repas, et je ne suis pas non plus un grand adepte du dîner. C’est pourquoi le ramadan ne me fatigue pas trop.
Pouvez-vous nous citer quelques bienfaits du ramadan ?
Les bienfaits sont nombreux. Je peux citer, par exemple, le fait de donner à une personne de quoi rompre son jeûne. Celui qui fait cela reçoit les mêmes rétributions que celui qui a effectué le hadj, le pèlerinage à La Mecque. Le ramadan est aussi un mois de promotion spirituelle. C’est l’occasion de se rapprocher encore plus de Dieu.
Depuis quand avez-vous commencé à jeûner ?
J’ai commencé à jeûner en 1997. J’étais très jeune à l’époque. Je me rappelle que j’étais un jeune berger. J’amenais le troupeau dans la brousse tout en jeûnant.
Avez-vous vécu le woru Gaalé ?
Tous les jeunes ont pratiquement vécu cela. J’ai une anecdote à ce sujet que je n’oublierai jamais. Nous étions de jeunes bergers. Un jour, dans la brousse, nous nous sommes rendus dans un marigot. En même temps que le troupeau, nous avons bu jusqu’à étancher notre soif. Le fait de boire la même eau que le troupeau montre le pouvoir de Dieu à préserver les hommes. Mais lorsque nous buvions, un doyen berger était monté, à notre insu, sur un arbre qui surplombait le marigot. Une fois à la maison, alors que nous faisions comme si nous avions jeûné toute la journée, il a révélé qu’il était sur l’arbre lorsque nous buvions l’eau du marigot.
Durant le ramadan, dans les rues, les gens offrent des mets, du café et du pain aux passants à l’heure de la rupture. Comment appréciez-vous ce geste ?
Je le fais tous les dimanches. Nous avons une association composée uniquement de travailleurs. Les dimanches, personne ne travaille et nous nous réunissons pour dérouler ce programme. Mais nous ne demandons pas d’argent dans les rues. Nous nous réunissons et chacun vient avec une contribution. Cela nous permet d’acheter du café, du chocolat et tout ce qui va avec. Ensuite, nous allons à la boulangerie commander le nombre de pains nécessaires. C’est ainsi que nous procédons. À l’approche de la rupture, nous servons les mosquées et les passants.

